mardi 25 septembre 2018

FEUILLETON HISTORIQUE, LES 70 ANS DE LA MAYOTTE #9 : LOCQUEMEAU.


Ce qui suit est la retranscription d’un entretien avec M.S. Brun, Chef de service sur l’ITEP René Laborie, qui participa aux séjours à Locquémeau, en Bretagne.

«Locquémeau c’était une transhumance. Tout le monde partait. Nous le faisions ensemble. L’institution se déplaçait d’un lieu à l’autre avec toute son infrastructure. De la lingère aux cuisiniers, je me rappelle que quand il y avait anniversaire, ils faisaient des gâteaux et une fois ils ont réalisés un grand bateau de pirates. Magnifique. Nous y allions tous, même la bibliothécaire suivait, avec une sélection de livres pour les enfants. C’était très vivant.

Nous y restions pendant deux mois, au bord de la mer. L’idée était d’y être comme en vacances, comme une colonie, mais de continuer à encadrer et accompagner les enfants comme à La Mayotte. Le lieu disposait d’une cours intérieure. Il y avait des dortoirs de dix lits. Les adultes travaillaient deux jours et bénéficiaient de deux jours de repos. Nous pouvions lors du repos rester sur place où partir. C’était une autre organisation, mais les groupes des enfants restaient les mêmes. 8 groupes, 150 enfants.

Tout était plus léger. Les enfants pouvaient se révéler différemment dans ce nouveau contexte et la plage de galets offrait des possibilités d’activité infinies. Beaucoup des activités que nous menions utilisaient ce que nous trouvions sur la plage.

Le soir nous pouvions aller regarder le ciel, les étoiles. Parfois les adolescents faisaient des blagues comme d’entourer une voiture de papier toilette. Il y a avait une autre ambiance, un autre rythme. Il y avait cette sensation que nous étions une famille, une très grande famille. »

lundi 24 septembre 2018

Souvenirs de la fête institutionnelle, Juin 2018.


Le site de Montlignon en travaux.


Le site de Montlignon fait peau neuve pour accueillir plusieurs nouvelles structures en 2018 et 2019. Visité guidée des travaux en cours :

Gîte Parental, Pavillon Alsacien, inauguré lors de la fête des 70 ans de la Mayotte le 14 septembre 2018. 
Structure expérimentale relevant de l'ASE et de la MDPH (20 places), ouverture début 2019.
Structure expérimentale relevant de l'ASE et de la MDPH (20 places), ouverture début 2019.

FEUILLETON HISTORIQUE, LES 70 ANS DE LA MAYOTTE #8 : UN NOUVEAU DEPART


Les années 70 sont marquées par le départ à la retraite du père fondateur, Fernand Cortez. René Laborie devient directeur général pour quelques années avant de partir à son tour en 1978. Ce double départ signe la fin d’une époque. La direction de René Laborie s’inscrit dans une réalité sociale pesante qui soumet La Mayotte à une réflexion permanente, une remise en cause de ses acquis. La société est en mouvement et il faut y inscrire la pensée déployée par F. Cortez. Il faut évaluer le chemin parcouru et absorber les courants de pensés nouveaux pour avancer.

C'est J.P. Desmoulin leur succède. Homme réfléchi, ouvert et accueillant aux idées des autres. Il est acquis à la recherche, il ouvre l’institution sur l’extérieur. Ce qui apparaît alors comme une révolution. Il est porteur d’une pensée à long terme et s’intéresse à La Mayotte aussi sur le plan des enjeux institutionnels. Il est docteur en psychologie, cela fait de lui un digne héritier de F. Cortez et de l’équipe de psychologues qu’il avait modélisé.

J.P. Desmoulin intensifie ses réflexions sur l’intégration scolaire et créée un appartement à l’extérieur pour des enfants scolarisé en ville. Il pousse à la création d’une classe au sein d’un établissement avec des professeurs venant de l’extérieur. Il prône l’interdisciplinarité. Éducateurs et instituteurs font partie intégrante du processus soignant.

Durant cette période, le champ thérapeutique évolue notoirement. On passe de la psychologie scientifique avec son cortège de tests et de QI à l’anthropologie psychanalytique telle J. Foessel, Psychiatre à La Mayotte, l’appellera. J.P. Desmoulin, tout à sa volonté d’ouverture, met en place une logique de soins externalisés. Cela se matérialise au sein de l’institution par le couloir des PPR, chaque psychiatre, psychologue, orthophoniste, psychomotricienne y a son bureau dans lequel il peut recevoir l’enfant.

mardi 11 septembre 2018

FEUILLETON HISTORIQUE, LES 70 ANS DE LA MAYOTTE #7 : LES ANNEES 70


En 1969, une partie de l’externat se transforme en Hôpital de Jour afin d’accueillir des enfants présentant des troubles graves de la personnalité. Un médecin chef est nommé pour assurer la direction de ce nouveau service.

C’est aussi, à cette époque et jusqu’en 1973 que la Mayotte héberge un Centre Médico-Psycho-Pédagogique (CMPP). Cette structure n’existait pas dans le secteur. La Mayotte prête des locaux en attendant que cette structure puisse investir ses locaux en construction prés de la gare d’Ermont-Eaubonne.

Pour répondre à une circulaire de 1957 faisant obligation aux établissements de maintenir le contact pendant 3 ans avec les anciens, est organisé un service de soins à domicile permettant de suivre les enfants après leur sortie.

Dans le même temps, la Psychanalyse et la Pédagogie Institutionnelle deviennent les références communes de la Mayotte.

Un rond général est institué. Il a lieu chaque mardi de 21h à 23h. Il réunit l’ensemble du personnel pédagogique autour du directeur général et des directeurs pédagogiques de l’internat et de l’externat.

La réunion de synthèse devient un outil privilégié. C’est le lieu où s’élaborent les hypothèses de travail, où se formulent les suggestions médico-psycho-pédagogique.

Les équipes de sport participent de plus en plus à des loisirs à l’extérieur et remportent de vifs succès. Les ateliers produisent des chefs d’œuvre. L’atelier menuiserie bouillonne d’idées et de créations. Un atelier d’imprimerie, équipé pour l’impression offset, est animé par un instituteur. Des groupes pratiquent le jeu dramatique.

Les années 70 sont également marquées par le départ en retraite de Fernand Cortez, le père fondateur. Il quitte la direction générale, et René Laborie, le directeur pédagogique, devient directeur général pour quelques années avant de partir, à son tour, en 1978. Ce double départ signe la fin d’une époque.

mardi 17 juillet 2018

Les 70 ans de La Mutuelle La Mayotte.

Voici le programme de la journée du 14 Septembre 2018
où l'on fêtera les 70 ans de La Mutuelle La Mayotte :



Une rencontre avec les représentants du défenseur des droits.


Le 19 juin a eu lieu, à la Mayotte, une rencontre entre des enfants, des parents, des professionnels et l’équipe du défenseur des droits (plus d’infos en cliquant ICI), représenté par M Nicolas Blanc, pour une matinée d’échange autour des parcours et de l’évaluation des droits en ITEP.

Cette rencontre faisait écho à la participation de jeunes de la Mayotte, le jeudi précédent, à un rallye organisé dans le cadre du projet JADE (Jeune Ambassadeurs des Droits auprès des Enfants). Ce rallye proposait des questions pédagogiques abordant les droits de l’enfant autour de thématiques essentielles, guerre, expression, famille loisir et santé … « un jeu de cartes sur ce qu’on a le droit et pas le droit de faire » commente Noah, jeune modérateur de cette table ronde.

En préambule, M Blanc a tout d’abord rappelé l’indépendance de l’instance qu’est le défenseur des droits, notamment au regard des problématiques de droit en santé mentale.

Les parents présents ont eu l’occasion de pouvoir exprimer la manière dont ils vivent le parcours de leurs enfants, entre milieu ordinaire et institutions spécialisées, nous retenons de leur témoignage  :

« Je n’étais pas d’accord. A l’école, on manquait d’infos et d’explications. J’avais l’impression de ne pas avoir le choix. Mais avec le temps, l’encadrement à l’ITEP vient comme un soulagement, on prend du recul. »

« Au début, on est perdu dans un labyrinthe de sigles, on ne sait pas trop ce qui est fait ici. On a du mal à faire confiance. Mon enfant avait du mal à dire ce qu’il ressentait. »
Au fil des échanges, les parents pointent le manque de temps et d’information, et décrivent le manque de communication coordonnées avec les intervenant de l’éducation nationale « qui voient les choses et interviennent de loin. Il y a beaucoup d’acteurs, mais cela manque de liant à l’école ».

En ce qui concerne l’ITEP, ils disent : « J’ai l’impression de trop solliciter les équipes. Pour moi, même un rendez-vous téléphonique est important. Cela m’aide à savoir où on en est, et comment nous comporter. Nous aussi on a besoin d’encouragements pour progresser. »

Pour les parents, l’instruction scolaire est primordiale, avec une peur d’une prise de retard trop importante.

Puis les jeunes prennent la parole, sans langue de bois, et parlent des problèmes rencontrés en milieu ordinaire avant d’arriver à la Mayotte. Ils expriment aussi clairement que les adultes restent pour eux les référents primordiaux en matière d’accès au droit : infirmier, policier, éducateurs …

A la question « comment est-ce qu’on arrive ici ? », plusieurs points communs reviennent : bagarres, colère, exclusions à répétition, déscolarisation …  

 « Je me sentais bien à l’école, mais sans mon traitement, je me défoulais ».

« Quand je suis arrivé à la Mayotte, je l’ai vécu comme un renvoi, on ne m’a pas donné d’explication. Mais maintenant ça se passe bien entre le temps à la Mayotte et le collège. » 

«En apprenant à gérer nos émotions, on gagne en maturité. »

Les jeunes sont les premiers à questionner et à vouloir s’emparer du projet d’orientation :
« J’ai un projet, je ne suis pas là pour rien, ça compte l’orientation. »

« On fini par comprendre qu’être rejeté de l’école, ce n’est pas une maladie. »

Ces échanges ont permis à  M François Delacourt, directeur de la Mayotte, d’apporter des précisions concernant la durée du temps de parcours, et la volonté de favoriser l’inclusion en milieu ordinaire.

« En moyenne, nous accompagnons un enfant 3 ans. Mais en évitant les ruptures brutales, pour ne pas vivre les allers-retours ou l’orientation en ITEP comme un rejet. »    

Enfin, les enfants ont montré toute l’importance des dispositifs de pédagogie institutionnelle, en particulier les « ronds » qui permettent aux enfants et aux équipes de discuter ensemble de la vie du fonctionnement des groupes, mais aussi du rôle des délégués : « dire la vérité, associer les jeunes qui ne sont pas là tout le temps et montrer l’exemple ».

© Le blog de la Mayotte
Maira Gall